revue  
n° 32 Mars/Avril 2007
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Une nouvelle facette d'un même Objet
remx
par Aymeric Reumaux
graphiste.
Février 2007
Qu'enseignes-tu précisement ?
J'enseigne à l'Université de Toulouse Mirail les techniques d'animation et narration interactive dessin, animation, intégration multimédia, programmation principalement autour du logiciel Flash.
Je travaille beaucoup sur la notion de réécriture du travail plastique sur support numérique; on ne peut pas juste transférer ça engage une refonte de l'objet et de la démarche on parle d'actualisation, c'est-à-dire une nouvelle facette d'un même objet
ce qui oblige à trouver une problématique plus générale qui englobe l'actualisation sur toile par exemple et sur support numérique.
Pierre Levy parle très bien de tout ça.
 
Est-ce tjs lié à l'ordinateur ?

oui je n'anime qu'avec l'ordinateur aujourd'hui même si j'ai fais de l'animation pendant longtemps avec une caméra super8
j'avais une caméra qui prenait automatiquement une image toutes les 3 secondes c'était très amusant de faire des film avec cette contrainte
on disposait de 3 secondes pour préparer l'image suivante ça créait une tension forte
puis j'ai fait beaucoup d'animation sur ordi avec After effects un logiciel d'Adobe comparable à Photoshop, mais avec un facteur temps; les effets prennent forme dans le temps
c'était très plaisant aussi, mais un peu lourd en calcul.


C'est en achetant une tablette graphique il y a 3 ans que j'ai repris plaisir à dessiner et à animer sur l'ordinateur

Flash est très bien pour ça, souple et lèger et on peut combiner l'animation traditionnelle avec la programmation
ça me plait beaucoup.

 
 
La caméra, le dessin interviennent-ils ?

oui évidemment je filme une scène, une danse et je redessine image par image la séquence puis intervient le jeu créatif de réécriture, notamment grâce à la programmation.
 

l'intitulé parle de narration est-ce le point de départ de tes travaux ?

Non, il n'y avait pas de narration au départ
je suis juste venu avec des envies de danse que j'ai proposé à Yuan Shang
Il s'est mis à improviser sur ces thèmes (énergie brute, joie, contrariété, colère, panique...)
chaque danse m'inspirait une autre on a travaillé comme ça qq jours
puis les envies d'interaction avec l'animation ont émergées c'est comme ça qu'est née la scène de l'ombre au sol par exemple.

Mon regret aujourd'hui c'est de n'avoir pas poussé cette interaction plus loin.
ça demandait du temps d'improvisation et de rencontre à nouveau.
Mais l'écriture chorégraphique s'est figée très vite et il n'y avait plus d'espace pour la rencontre après.

Est-ce une histoire contée par Lin Yuan Shang qui t'a donné le point de départ de ton
travail avec lui ?

Non il n'avait pas d'idée précise
juste l'envie de traiter du thème de l'enfance
c'était très général.
j'ai cheminé avec ce que ça évoquait chez moi en tant qu'enfant un peu grandit et en tant que père.
Beaucoup d'idées me venaient et une forte corrélation entre enfance et le format dessin animé : la récurrence, la musicalité,
la magie, l'interaction directe avec le monde extérieur le monde extérieur comme prolongement de soi - animiste
les émotions vives, la liberté, l'ivresse...

Nous ne sommes pas allé au bout de tout ça....

 
Tu as donc fabriqué à partir d'images enregistrées du corps de Lin Yuan Shang un module qui a sa silhouette (sa taille, sa démarche) et que tu peux animer à volonté complètement ensuite ou as-tu moduler une masse, cad sa silhouette en train de danser une action X et que tu simplifies, colores, mets en boucles etc ?
C'est le principe de rotoscopie; je reproduit un mouvement filmé. la création se fait par la mise en boucle ou la programmation - l'animation peut se jouer en aller retour par exemple;
là le mouvement est inversé.
 
Comment les boucles se décident ? sur quel timing ? (tu parles de programmation je suppose que cette idée de recommencement t'intéresse)

l'idée de boucle s'est imposée assez simplement tout simplement pour laisser place à la danse.
une animation projetée capte l'oeil et l'attention du spectateur; on ne regarde plus le danseur alors.
Dès que l'on perçoit la notion de boucle, l'oeil se repose et peut revenir à la danse.
C'est un bon moyen de faire cohabiter danse et animation sans que l'un ne prenne trop le dessus sur l'autre.
Par la programmation, il y a aussi un jeu de duplication - comme dans la scène de la bagarre - l'animation devient alors très graphique, moins lisible on ne perçoit que certains gestes c'est un autre moyen de projeter sans prendre trop le dessus sur la danse.

Comment les images sont projetées pendant le spectacle? certains supports sont-ils plus efficaces que d'autres?

je pilote 3 vidéo-projecteurs depuis un pc tout est joué en direct via le clavier et une tablette graphique ce qui me permet de me synchroniser avec les danseurs et avec la musique donner une musicalité à l'animation.
L'intérêt de projeter un format d'animation, c'est qu'on sort du format vidéo 4:3 traditionnel le spectateur se laisse plus facilement aller dans la mesure où il ne voit pas le procédé technique.
Il y a une projection sur le décor en arrière scène, une projection sur les éléments du décor et les danseurs en avant-scène, et une projection au sol.

C'est intéressant aussi la projection au sol parce qu'elle se marie bien avec la danse; l'oeil peut voir les corps et l'animation dans le même axe et la même focale.
Il y a bonne communion.
La difficulté c'est qu'on projette sur un sol noir et la visibilité n'est bonne que si la lumière est légère.
Hervé Gary a fait un excellent travail de lumière sur la création du spectacle.

 
Ce choix de simplification est-il un parti pris esthétique de ta part (ton graphisme) ou une obligation préalable (pour la lisibilité il ne peut y avoir de figure avec des détails (yeux, nez, bouche)) que tu as rendu esthétique ? (car il se retrouve dans le mangeur de couleurs, dans on est tous des mutants..)

Oui c'est mon style de dessin, j'aime le trait rapide et l'énergie brut.
En cours de modèle vivant, je préférais toujours les temps de pose courts...
Le rapidité du dessin et la répétition pour créer l'animation m'amènent parfois dans un autre état la tête se repose, le bras prend la main et fait émerger d'autres modes de figuration liés au rythme, aux tensions du corps...

 
On voit sur ton site un spectacle de GMEA de 2005 où tu sembles déjà proposer des formes, des modules de danse, je suppose qu'ici, tu cherchais une interaction nouvelle (avec réaction du danseur) et que cela ouvre une recherche plus forte ?

L'envie là, c'était non plus que la projection illustre la danse mais que les danseurs soient fondus(/prisonniers) dans le dessin animé.
ça suppose une interaction forte entre la danse et l'animation aller vers un terrain de jeu plus ludique, plus circacien, moins danse contemporaine.
On est revient à la frustration que je t'exprimais hier

 

Est-ce que Butch c'est toi ?

va savoir ?

Entretien réalisé par mail en février 2007 par Franck SENAUD
 
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