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n° 33 Mai/Juin 2007
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  1. Introduction.
  2. Sources et vues générales ou d’ensemble
  3. Pistes thématiques
  4. Pour conclure, quelques pistes transversales

par
Aude GARNERIN
archiviste.

Octobre 2006

 
1) Introduction.

Le dictionnaire Furetières (1690) définit le paysage comme « l’aspect d’un pays, le territoire qui s’étend jusqu’où la vue peut porter ».
Le paysage n’existe pas comme tel dans les archives ; impossible de le chercher à la rubrique « paysage » ! Deux questions sous-tendront donc toute recherche historique en la matière :

Quels sont les acteurs de la société concernés par la notion de paysage et qui ont été ou sont susceptibles de produire des documents qui en gardent la trace ?
Quels sont éléments constitutifs d’un paysage, qui s’offraient ou s’offrent à la vue des hommes, qui donneraient prise à la recherche sous forme de « mot-clé » ?


Il faudra également garder en mémoire les limites d’une telle recherche en archives :
Les fonds iconographiques n’existent vraiment qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle et surtout à partir du début du XXe siècle. Ils offrent souvent une vue partielle ou locale, et peuvent n’être qu’une représentation symbolique (plan gravé) voire partiellement imaginaire, qu’il convient donc de comparer à d’autres sources, écrites ou de terrain.
Il faut bien reconnaître que les Archives de l’Essonne ne sont pas les plus riches en la matière, d’autres collections, notamment parisiennes ou communales, devront être consultées en complément.
Les documents les plus anciens datent conservés aux Archives d e l’Essonne datent des XIIe-XIIIè siècles. Leur petit nombre et leur contenu n’en font pas des sources très conséquentes. Ils sont de plus difficilement accessibles à des lecteurs débutants
Les informations issues de fouilles archéologiques fourniront donc souvent les données manquantes dans les archives pour les périodes les plus anciennes.

Il n’en reste pas moins que de très nombreuses sources permettent de se représenter les paysages essonniens. L’histoire du paysage en Essonne est encore à venir.

Comme tout ce que l’on voit pourrait être défini par « paysage », seuls quelques grands axes sont ici retenus et organisés à des fins pédagogiques. Les séries (références indiquées entre parenthèses) les plus riches ont été de préférence retenues, les références données sont celles des Archives départementales de l’Essonne.
De nombreuses autres pistes existent par ailleurs ….

 

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2) Sources et vues générales ou d’ensemble

La cartographie offre des représentations de territoires vastes ou plus limités, ne se met vraiment en place qu’au XVIIe siècle (carte de l'Ile-de-France et lieux circonvoisins, 1617). Elle devient plus fiable à partir de 1760, date des travaux de relevés systématiques demandés par Louis XV aux géomètres Cassini pour établir la première carte du royaume. Quelques plans topographiques indiquent les reliefs (Cartes et plans : 1Fi).
Les gravures (séries 3 et 4Fi) présentent quelques plans ou vues d’ensemble anciens (XVII et XVIIIe siècle), mais principalement des monuments, château ou églises (XIXe siècle). Elles sont plus esthétiques que fiables.

Les plans conservés reflètent majoritairement des préoccupations fiscales. Terriers des seigneurs (archives privées : série J ; archives royales : série A) jusqu’au XVIIIe siècle, plans d’intendance de la fin du XVIIIe siècle (administration provinciale : série C) ou cadastre napoléonien puis cadastre parcellaire (sous-série 3P, 785W : cadastre), à partir de 182, servent à établir l’impôt foncier. Ils indiquent de manière détaillée les superficies des biens-fonds, la nature des cultures et la valeur relative des propriétés. Ils renvoient à des listes de propriétaires ou de propriétés bâties ou non bâties.
On pensera à consulter : Touzery, Mireille, Atlas de la généralité de Paris au XVIIIè siècle : un paysage retrouvé, Paris, Comité pour l’histoire économique, 1995.

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Les plans d’urbanisme tentent d’organiser l’espace urbain, les transports, l’occupation des sols, dès 1930 pour la région parisienne et surtout entre 1950 et 1980 (788W : Commissariat à la construction et à l'urbanisme pour la région parisienne).

Les photographies, à partir de 1900, d’abord en noir et blanc, puis en couleur à partir des années 1960, fournissent une vue exacte de la réalité d’alors (séries 2Fi, 26Fi : photographies des communes du département)
Les vues aériennes, photographies prises du ciel, offrent une vue à la fois générale et précise. Plusieurs campagnes de prises de vues existent, au sortir de la seconde guerre mondiale et dans les années 1960-1980. (44Fi et 48Fi : travaux publics, 782W : ville nouvelle d’Evry).

Les cartes postales offrent parfois des « vues du village » dès la fin du XIXe siècle mais surtout cers 1900-1915.

Les monographies communales, rédigées par les instituteurs des communes en 1900 pour l’exposition universelle, présentent synthétiquement une description du village et de son environnement. Les photographies d’époque sont souvent les seules images disponibles.

Les sources sonores et audiovisuelles pourront apporter des témoignages sur l’Essonne des années 1930-1990 vues par les essonniens (cressonnières, Seine, logement ..).

Les guides des sources ou de recherches font gagner un temps utile : ils recensent les sources disponibles dans les institutions publiques ou privées et indiquent leur contenu et leur intérêt. Ils traitent d’une période et/ou d’une thématique. Ils sont accessibles en bibliothèque. Quelques exemples :
Corvol André et Richefort Isabelle, Nature, environnement et paysage : l’héritage du XVIIIe siècle, Paris, L’Harmattan, 1995.
Fourcaut Annie, Un siècle de banlieue parisienne (1859-1964), Paris : L’Harmattan, 1988.
Moriceau Jean-Marc, la terre et les paysans au XVIIe et XVIIIe siècles : guide d’histoire agraire, Rennes, association d’histoire des sociétés rurales, 1999.

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3) Pistes thématiques

Les pistes générales citées dans « les vues générales » ci-dessus ne seront pas répétés ici mais devront être bien entendu consultées.

L’exploitation des ressources 
Pour construire, se chauffer, se nourrir, les hommes ont du recourir aux matériaux et denrées disponibles sur place, façonnant ainsi sensiblement le territoire :

La forêt
La forêt est présente sur le territoire essonnien quoique non dominante.
Les archives la mentionnent de manière souvent indirecte. Outre les cartes des chasses royales (1Fi/45 à 48), on pourra suivre les conflits et braconnages en série B (tribunal des eaux et forêts) pour l’Ancien Régime, et les problèmes de vaine pâture pour la période du XIXe siècle en sous-série 2O). Les coupes de bois sont plutôt mentionnées en A pour l’Ancien Régime (pouvoir royal), 1Q (domaines nationaux) pour la période révolutionnaire, 7M (forêts de Seine-et-Oise) ou 2O (administration communale) pour les XIXe-XXe siècles, sans oublier les nombreux baux et ventes disponibles en E et 2E dans les fonds notariés, du XVIe siècle au XIXe siècle.


Les cultures et l’élevage seront visibles sur les plans indiqués en première partie, mais également sur les plans de remembrement des années 1945-1960 (903W, 1783W).
Les minutes notariales (E, 2E) décrivent les tâches à faire par le fermier (baux), les semences engrangées (inventaires après décès) ou les terres et animaux vendus (acquisitions), tout comme les terriers ou les censiers d’Ancien Régime fournissent des listes, par seigneurie, des tenanciers, des terres et des redevances à payer, souvent en nature au prorata des récoltes (A, pouvoir royal, G et H et Hdépôt, pouvoirs ecclésiastiques, J, archives seigneuriales).
Les dossiers des communes en matière d’agriculture (Série F en Edépot des Archives départementales), de la préfecture (958W) ou de la direction départementale de l’agriculture (958W,1061W) seront précieux pour comprendre une situation locale ou départementale à un moment donné. Les élevages se retrouvent en installations classées (5M ou 1540W).

La maîtrise de l’eau est essentielle tant pour l’alimentation que l’irrigation ou sa force motrice. Outre les dossiers de contentieux pour des détournements de rivière (B, Justice des eaux et forêts, L, justice révolutionnaire) et les droits de pêche ou autres droits d’Ancien Régime liés aux rivières (archives seigneuriales E ou J), on trouvera surtout les dossiers de travaux publics de déviation, canalisation, construction d’ouvrages d’art des XIXe et XXe siècles (7S, cours d’eau navigables, Edépôt3O, régime des eaux des communes), comprenant parfois de très belles coupes en couleur d’un cours d’eau ou des plans de ponts par exemple.

Le sous-sol a largement été exploité pour la construction locale ou régionale (Paris). Les grésières, meulières, tourbières, sablières et autres carrières sont encore souvent visibles dans le paysage. Les conditions d’exploitation font l’objet de réglementer et de plans conservés en Edépot 2O (travaux publics des communes), installations classées (5M ou 1540W).

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L’habitat
L’habitat ou les activités liées à la sédentarisation de population marquent le paysage, en particulier par le bâti, individuel ou collectif, laïc ou religieux.
Outre l’ensemble des documents cadastraux, base de toute recherche sur la propriété foncière et bâtie pour les XIX et XXe siècles, complétés par les minutes notariales précédemment cités (contrats de vente, successions, baux) pour les XV-XVIIIe siècles, les biens nationaux (1Q, 2Q) décrivent les biens immobiliers saisis aux religieux, émigrés et la vente de biens communaux en période révolutionnaire, l’enregistrement et les hypothèques permettent de connaître les actes passés devant notaires concernant les biens immobiliers pour la période post-révolutionnaire jusqu’à nos jours.
Pour la période postérieur à 1900, on pensera aussi aux permis de construire de maisons ou d’immeubles (971W, 1540W, 1553W, 1589W, 1623W par exemple), dossiers de lotissements (68J, 9S), dossiers d’architectes (14Fi), dommages de guerre (8R, 888W), documents d’urbanisme comme les plans d’occupation des sols (1511W, 1661W) ou les zones d’aménagement concerté (1522W), et bien sûr aux dossiers liés à la construction de la ville nouvelle (voir infra).
Le bâti collectif (enseignement, caserne, mairie, centre de secours, piscine….) communal, est à trouver en 2O (administration communale XXe-XXe siècle), départemental en 4N et 1345W, ou dans les séries réservées à des domaines spécifiques (par exemple, V pour les cultes, H et Hdépôt pour les hôpitaux), J pour les entreprises).
Les cimetières ont également marqué les paysages (en 2O, administration communale pour les déplacement des XIX et XXe siècles).
Les commerces et l’artisanat seront visibles sur certaines cartes postales, au travers des registres de déclarations et de faillite des tribunaux de commerce pour des XIXe-XXe siècles (par exemple en 6U,1222W, 1570W, 1711W, 1748W), la construction de centres commerciaux (20J), les dossiers de sociétés conservés par les notaires (par exemple 66J) ), et plus ponctuellement, les privilèges de foires accordés par le roi (série A).
L’industrie, surtout depuis le XVIIIe siècle, peut contribuer très fortement au visage d’une commune, de part des bâtiments d’une forte emprise au sol ou la construction de logements ouvriers par exemple.
On se servira à bon escient à ce sujet du guide établi par le Comité de recherches historiques sur les révolutions en Essonne, L’Industrialisation en Essonne XVIII-XXè siècles, Gap, Louisjean, 2004.

Les transports
Les moyens de communication, surtout à partir de la fin du XVIIIe siècle, ont tracé de grandes ouvertures dans le paysage, allant parfois jusqu’à modifier les reliefs naturels.

Le chemin de fer traverse dès 1830 le territoire de l’Essonne. A ce sujet, on consultera en première approche la brochure d’exposition « Hommes, rails et trains en Essonne » réalisée par les Archives départementales de l'Essonne, en 2003.
Les dossiers de travaux, constitués souvent de beaux plans couleurs, sont conservés en 5S (travaux liés au chemin de fer) et en dossiers d’expropriation ou de lotissements de propriétés traversées par le chemin de fer (2E,minutes notariales ; série 2Odu Edépôt : impact sur les communes ; J, domaines privés).

Les tracés des routes principales sont liés à ceux des voies romaines ou à l’organisation centralisée des routes par le pouvoir royal (C, pavage des routes ; B, criminalité sur les routes) jusqu’au XXè siècle, qui voit lui, la construction d’un nouveau réseau mieux adapté aux besoins croissants de la circulation automobile.
Les dossiers comportent de nombreux tracés et plans (2S, grande voirie ; 1236W et 1502W autoroutes et routes nationales après 1940) ou des tableaux récapitulatifs par commune (3O, voirie vicinale).
Un ouvrage est indispensable pour avoir une vue d’ensemble du sujet : Philippe Oulmont, L'Essonne traversée : des voies romaines aux voies rapides, Evry, Archives départementales de l'Essonne-CDDP, 2002.

Les dérivations et entretiens de rivières navigables sont à chercher en séries B, J et L pour les contentieux de la période moderne et révolutionnaire, en 3S pour des plans et dossiers techniques de la période 1800-1940.

Enfin, les aérodromes et aéroports sont présents dans les archives postérieures à 1940, tant par des dossiers techniques, des expropriations que des photographies (Orly, 938W, 1210W, 1414W).
Une histoire des réseaux seraient également à faire : assainissement, téléphone, télégraphe, antennes … (6P, postes et télécommunications, 1309W, concessions d’électricité).

La défense ou sauvegarde des paysages
Les problèmes de pollution et de réhabilitation de sites ne sont pas nouveaux. On en trouvera des traces dans les fonds concernant les industries (voir supra), la réhabilitation d’anciennes carrières (1393W), le traitement des déchets (1409W) des pollutions (1488W), des nuisances sonores (1523W).
La protection paysagère, mise en place tout au long du XXe siècle, de la loi sur la protection des monuments historiques aux zones de protection du patrimoine architectural et urbain, offre des dossiers de subvention et de procédures de restauration de bâtiments, parfois accompagnés de photographies (2W, 1488W, 1364W) ; des dossiers de protections des espaces et espèces sensibles (1484W, Atlas des zones naturelles et d'intérêt écologique, faunistique, floristique) ou encore des études thématiques (1409W, parc naturel du Gâtinais).
Des efforts de reboisement sont notés (971W, 1523W) mais les dossiers concernant les énergies renouvelables ou les matériaux écologiques sont encore peu nombreux.

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4) Pour conclure, quelques pistes transversales

Les paysages de l’Essonne sont très proches de ceux observés autour de la capitale, façonnés par le même climat et la même histoire, à quelques différences près, non négligeables. Plusieurs thématiques transversales seraient à explorer pour l’Essonne :

Le domaine royal, constitué à partir du XIIe siècle autour d’Etampes, puis Dourdan, Montlhéry, Marcoussis, Corbeil, a laissé notamment des routes, des châteaux, des églises.
La proximité de Paris a commandé l’organisation des transports des denrées qui l’approvisionnaient (bois flotté sur la Seine, charrettes de pavé, train des maraîchers, réseau des routes royales puis des autoroutes) et le déploiement d’industries et de logements (des domaines des grands officiers ou bourgeois parisiens, à la naissance de la banlieue en passant par la villégiature artistique).

Les guerres ont dévasté le territoire en permanence, du fait de la proximité de Paris ou du pouvoir royale, des grands axes de communication et des richesses accumulées.
Les désastres de la guerre de Cent ans (80% des églises détruites, réacensement des terres par le roi) ou les dommages de la deuxième guerre mondiale seraient à étudier.
La richesse des terres a attiré les populations, longtemps rurales (défrichement, affranchissement, rôle des communautés religieuses, mutation de la propriété foncière au fil des siècles) ou permit des cultures spécifiques (cresson, fraises, tomates).

Le développement des villes (autour du pouvoir seigneurial et surtout royal, la création de la banlieue et d’une ville nouvelle enfin), est à prendre en compte. Le fonds de la ville nouvelle d’Evry, couvrant la période 1960-2000 est composé de plusieurs milliers de plans, d’études d’aménagement et de photographies nourrira la recherche pendant plusieurs années. Ainsi, la mutation de centres urbains peut expliquer le caractère tardif de certaines révisions cadastrales (Orsay en 1964, Viry-Châtillon en 1975 par exemple).
La création du département de l’Essonne, né en 1964 de l’éclatement de celui de Seine-et-Oise, est également étudiable dans ce cadre, avec le déplacement du pouvoir administratif et des infrastructures de Corbeil-Essonnes à Evry.

Enfin, pour ceux qui préféreraient une étude chronologie, il est certain que le paysage a connu deux très grandes phases de bouleversements somme toute récentes :
Les mutations de la fin du XIXe siècle (1840-1890) en lien avec le développement des industries et des transports (On se reportera au guide sur l’histoire du XIXe siècle, par le comité des recherches historiques sur les Révolutions, X, Date).
Les mutations du XXe siècle, après 1945 et surtout après 1960, avec l’apparition ou la confirmation de nouvelles techniques et structures (aviation, automobiles, TGV…).

 

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