REVUE 2
LA FIGURE SANS FORME

Andrea Cotti

La courte carrière de Staël (10 ans) s'articule sur un passage intéressant. Peintre abstrait reconnu, exposé, il revient en partie à une certaine figuration en 1952. En partie seulement, car si ses œuvres semblent encore un assemblage construit de formes simples presque géométriques, leurs titres, la semi perspective de ces mêmes formes et les rapports de valeur plus proche de gamme (donc indiquant une cohérence de lumière) montrent le jeu entre figuration et abstraction qui va guider son œuvre jusqu'à son suicide en 1955.

 

De Staël "les toits" 1952Refusant la simple figuration tout comme le " gang de l'abstraction avant " au sein d'une avant garde française qui veut se déterminer sur ce critère, de Staël ne va cesser par séries d'épurer les formes, de simplifier ses grandes toiles constituant un véritable langage pictural de vraisemblance. Les nuages occupent dans cette recherche une curieuse place.

En effet, dans cette optique de simplification des contours, de massification des objets, de détournement des conventions colorées le nuage va changer de forme, de statut et de signification simultanément.

Dans les " Toits " 1952, la simple variation de couleurs et de valeur dans les gris de la partie supérieure de la toile suggèrent immédiatement à l'oeil un ciel, un haut par rapport à un bas, un lointain, un horizon. La géométrie, le noir des formes et la construction de la pâte accentuent par contrastes un certain poids, un sol à la toile.

Ces paysages vont ainsi s'abstraire de plus en plus laissant à la variation de la couleur pure le seul rôle de creuser l'espace de la toile.

La position de la toile, la gravité que suggère l'horizontale (et que la signature précise), le titre et surtout notre mémoire visuelle des traces de couleurs d'un coucher de soleil activent notre reconnaissance de ce vraisemblable poussé à sa limite.

Sa recherche presque orientale de simplicité montre vraiment comment la couleur prend le pas sur le dessin en s'appuyant sur cette reconnaissance de figure.

N De Stael "bateau de guerre" 1955.

 

La série de bateaux de 1955, quoique plus faible de composition, de dessin révèle la courageuse tentative de supprimer l'horizon comme référent absolu du réel.

Dans le " bateau de guerre " de 1955 seule la transparence des dessous varie le gris vert qui regroupe identiquement le ciel et la mer et le bateau. Les repères s'amenuisent, la peinture, la pâte, la couleur semble là pour elles mêmes.

 

N De Stael "bateaux" 1955Dans les " bateaux " de 1955 de Staël trouve un élément rhétorique de vraisemblance qu'il ne pourra développer. La mer et le ciel sont définitivement réunis dans le même bleu et une forme de nuage réapparaît. Sur cette seule masse noire dégradé vers la gauche se construit le tableau.

Comme masse opaque il donne un devant et un derrière masquant un autre bateau.

Comme fumée, s'étirant, se mêlant au bleu du ciel il donne un haut et un bas.

Comme forme simple, soumis à un dégradé atmosphérique, stable, sans vent, il donne une position au bateau lui même, il lui crée un milieu.

A l'ensemble du tableau, il fixe un horizon.

 

Andrea Cotti. Juillet 2001.
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