REVUE 9
FIGURATION SUPERFICIELLE

Par sa réflexion sur le motif, le décoratif, l'effet, sur les éléments (réception, éléments de la représentation) qui composent la figuration - le travail de Bustamante mêle photographies, sculptures et installations et est un de ceux dont nos recherches se rapprochent le plus.

 

En 1977, en Espagne, il réalise des Paysages "sans qualités, de lieux indéterminés, entre ville et nature" de très grand format, en couleurs qu'il intitule "Tableaux". En sortant la photographie de son milieu, de ses références formelles, il l'a confronte inévitablement à la peinture. En contournant le système de présentation, il l'a questionne. Et simultanément, en usant d'autres moyens, il s'en détache.

 

Mieux, c'est ce rapprochement de plusieurs vues immenses, apparemment insignifiantes, qui amène ce sens, non l'œuvre elle-même. L'effet d'une image figurative, son appréhension intellectuelle en est comme décalé mais non sans force.

 

Les photos sont plus grandes que le spectateur, accrochées si bas que l'on ne peut éviter une confrontation, un contact avec la totalité et avec le détail simultanément. Ces œuvres sont décoratives inévitablement mais sans qualités, elles repoussent toute tendance à la signification projetée par le spectateur.

 

Pourtant dans ce jeu entre ce qui est représenté par ce qui est présenté, Bustamante repousse l'idée de série et dit "développer un monde et l'enrichir". Dans cette notion de monde, c'est cette espèce d'omniprésence que les œuvres imposent qu'il cherche sans doute à définir.

 

Œuvres autonomes, suffisantes, amples et décoratives, elles tendent à dépasser toute idée de série par cette qualité de renvoi vers rien, de jeu avec elles-mêmes, par l'effet qu'elles suscitent. Une oeuvre peut être figurative et sans autre signification qu'elle même, c'est même une de ses forces.

 

Car la tendance du discours philosophique à vouloir interpréter cette rupture du quantitatif du côté du qualitatif, à y voir de l'enrichissement, de la "patience", ce "lieu de recueil" heideggerien trahit cette requalification du temps, du monde dans un simili monde du spirituel, du sens qui ne rend pas compte de l'effet (et son énergétique) d'une telle oeuvre.

 

Encore une fois le discours français sur les images semble s'attarder sur l'Esthétique et la colle heideggerienne raccommoder les plaies du spirituel bergsonien.

Bustamante dit moins et mieux que ces discours. Et ce jeu de l'image avec le non-lieu, le passage, la limite, sur l'intention et son retour (volonté, représentation, valeur d'une perception qui n'est pas que passive et dont il faut éclaircir le mouvement) valent mieux qu'un discours limité à la phénoménologie française mâtinée de bergsonisme !

Le discours sur le sens des images est dépassé, la figuration peut être superficielle.

 

 

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