REVUE 11
Pensée et langage : est-ce indissociable ?

C'est dans un article de Jean Epstein que nous trouvons la réponse à notre question : "pourquoi les théoriciens du cinéma déduisent la réponse à la question de l'idée dans le cinéma à partir de la conclusion à la question du langage de l'image ?".

 

jean_epstein_www.sea.fi.En effet, dans l'article "Voir et entendre penser" (dans les Ecrits sur le cinéma, tome 2), Jean Epstein nous explique : "Depuis quelque vingt ans, la production reste dominée par ce malentendu, dans lequel on tient le film pour un moyen, non d'exprimer la pensée, mais de reproduire la parole. Erreur qui est corollaire d'une autre, encore répandue par les régents de collège, dont beaucoup soutiennent qu'il n'y a pas de pensée sans mots."

Selon J.Epstein, le cinéma n'est pas un moyen de reproduire la parole mais un moyen d'exprimer la pensée (nous avions déjà démontré que l'image filmique est plus une écriture qu'une parole). Mais il est vrai qu'il existe une thèse selon laquelle il n'y a pas de pensée sans les mots, que la pensée n'existe pas avant ou sans langage, que nous pensons dans le langage verbal, et que donc, la pensée et le langage verbal seraient indissociables. Nous comprenons alors mieux pourquoi de la légitimité du langage cinématographique dépend la réponse à la question de l'idée dans le cinéma, et nous tenterons donc de répondre à une question plus précise : Peut-on "penser" par images ? Peut-il avoir expression d'idées par l'image filmique ? Ou plus simplement, peut-on parler de pensée par images ?

 

 

Au sujet de cette question, la thèse de J. Epstein est la suivante :

 

"il existe une vie mentale plus intime, moins consciente, mais extrêmement active, où les images jouent un très grand rôle. Ainsi, le souvenir émouvant d'un ami, d'une journée de vacances, d'un deuil, c'est d'abord une mémoire, retouchés par l'oubli. Les mots ne s'accrochent que plus tard à ces éléments visuels, donc, souvent, ils ne parviennent que très imparfaitement à rendre le climat affectif. La pensée par images n'est donc par réservée au rêve, à la rêverie, au délire ; elle fait partie de la vie banale, diurne aussi bien que nocturne, de l'âme, et cela de façon si continue qu'il faut de l'attention pour l'apercevoir et y reconnaître l'assise de la pensée verbale.",

il y a pensée par images, la pensée verbale ne vient qu'après.

Cette thèse nous amène à nous poser différentes questions liées à la question de l'idée dans le cinéma : Le langage cinématographique serait-il le langage de l'inconscient alors que le langage verbal serait le langage du conscient ?

 

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