REVUE 11

LANGAGE FILMIQUE

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Aurore CRESSON

Un passage de Hegel, dans la partie "Langage-Mémoire-Intelligence" (dans "Souvenir", extrait de a.Intelligence, dans I.L'esprit selon son concept) nous permet de répondre à notre question : y a-t-il idée dans l'image filmique ?

 

Dans ce passage, Hegel explique : "Le monde, la nature n'est plus un royaume d'images, supprimées intérieurement, qui n'ont aucun être, mais un royaume de noms. Ce royaume d'images est l'esprit rêvant qui a à faire avec un contenu qui n'a aucune réalité, aucun être là. Son éveil est le royaume des noms", du monde des images, on s'éveille donc dans le monde des noms, n'est-ce pas également ce qui se passe à la sortie de la salle de cinéma ?

 

Lorsqu'on sort de la salle on quitte le monde des images pour s'éveiller, puisque comme le dit Maurice Henry "Je vais au ciné comme je m'endors", dans le monde du langage, le spectateur s'éveille en effet dans les mots car lorsqu'il sort de la salle, il met les images en mots, il traduit les images qu'il a vues dans le langage, en sortant de la salle, le spectateur trouve donc les idées. A la différence, donc, de la caverne qui empêche la réflexion, les images filmiques amènent le spectateur à la réflexion, aux idées.

 

Mais, il est important d'insister là-dessus, nous n'affirmons pas que le passage des images filmiques aux idées est un passage facile, les images filmiques amènent le spectateur aux idées, bien qu'à la différence des prisonniers de la caverne, l'ascension ne soit pas violente, elle n'en demande pas moins d'efforts. Nous pouvons même ajouter que plus l'histoire semble simple, plus le passage dans le monde du langage est difficile, "C'est parce que le film est facile à comprendre qu'il est difficile à expliquer. L'image s'impose, elle "bouche" tout ce qui n'est pas elle." (C.Metz, "Le cinéma, langue ou langage ?", Essais sur la signification au cinéma, tome 1).

Dans une interview, David Lynch confirme nos affirmations. Lorsqu'on lui demande : " Selon vous, quel est le sujet profond de "Mulholland drive" ? ", il répond : "Vous savez pertinemment que je ne réponds jamais à ce genre de question, je n'analyse jamais le sujet ou le sens de mes films. Il existe un grand nombre de langages, chacun permettant d'exprimer des idées. Et il existe notamment deux formes importantes de langage : les mots et les films. Je ne suis pas du tout doué pour exprimer mes idées par les mots. Et après avoir travaillé dur pour exprimer des idées à travers le cinéma, je trouverais particulièrement absurde de retourner vers les mots. Le film est là, pourquoi lui superposer un discours ? Dans la peinture abstraite, le spectateur joue un rôle clé. Il se crée un cercle interactif entre le tableau et le spectateur, et toutes les lectures possibles du tableau vont apparaître. Il y aura autant d'interprétations que de spectateurs, et même plusieurs interprétations par personne. C'est une chose magnifique. Et pourtant, le tableau demeure le même, seul et unique : c'est chaque spectateur qui le modifie selon sa lecture. C'est ainsi. […] C'est toujours étrange de voir les réactions tellement diverses des gens, alors que chaque photogramme du film est le même pour tout le monde. Et pourtant, chaque projection est différente, et chaque spectateur quitte le film avec une vision et des idées différentes.".

David Lynch ne souhaite pas se réveiller dans les mots, de même, il ne souhaite pas retirer au spectateur, en l'influençant, la liberté de réflexion qui lui permette d'atteindre les idées car les images filmiques ne contiennent pas d'idées mais les y mènent, elles révèlent les idées qui sont elles-mêmes contenues dans l'esprit du spectateur.

 

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