REVUE 11

L'IDEE REVELEE

Aurore CRESSON

 

"Il n'y a donc pas moins d'activité créatrice de la part du spectateur, à partir des images perçues, que chez le lecteur à partir des mots déchiffrés. Simplement, la création mentale n'est pas imaginative comme à la lecture ; on n'a pas à "imaginer" des faits qui s'imposent à la conscience : elle est idéative et n'en est, par là, que plus conséquente." ("Le rythme cinématographique, Esthétique et psychologie du cinéma).

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Mais cela ne signifie pas que l'image filmique produit l'idée dans l'esprit du spectateur, il la révèle, c'est-à-dire que l'image filmique ne peut amener le spectateur à produire une idée qui n'est pas déjà présente en lui, "Toutefois ce serait une erreur de croire que les images sont capables de créer des idées qu'elles ne tireraient que d'elles-mêmes ou de la singularité de leurs relations. De leur juxtaposition naît une association d'idées au travers desquelles et par lesquelles le spectateur reconnaît ou retrouve le sens d'une expérience vécue - sans plus. L'enfant qui ne connaît rien encore des désirs sexuels ne peut pas saisir le sens du rapport "Mosjoukine - Femme allongée sur le sofa". La structuration filmique ne le lui dira pas, ne le fera point naître dans son esprit ; tout au plus pourra-t-elle éveiller son inquiétude. Seuls le saisiront les adultes qui rapporteront aussitôt cette relation à ce qu'ils connaissent des choses de l'amour. " (J.Mitry, " Les débuts du montage ", Esthétique et psychologie du cinéma).

 

Le langage verbal permet de désigner ce que les hommes ressentent, de nommer les idées, mais les mots ne semblent pas capables d'exprimer toutes les idées, en effet, le langage verbal désigne des manières "particulières" d'aimer ou de haïr qui ne conviennent pas forcément à toutes les situations, ou à tous les hommes, "nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent". Le moi intime serait toujours trahi par le moi de la communication (...)

 

Selon Diderot, il semble évident que l'art est capable d'exprimer ce qui est ineffable pour le langage verbal, "Je crois que nous avons plus d'idées que de mots. Combien de choses senties, et qui ne sont pas nommées ! De ces choses, il y en a sans nombre dans la morale, sans nombre dans la poésie, sans nombre dans les beaux-arts" (Pensées détachées sur la peinture). Le cinéma pourrait-il alors être capable d'exprimer ce que le langage verbal ne peut exprimer ?

 

benjaminLe cinéma a changé notre manière de percevoir le monde, il a élargi le monde des objets auxquels nous prenons garde, dans l'ordre visuel comme dans l'ordre auditif, "S'il est banal d'observer, sommairement, la démarche d'un homme, on ne sait rien assurément de son attitude dans la fraction de seconde où il allonge son pas. Nous connaissons en gros le geste que nous faisons pour saisir un briquet ou une cuiller, mais nous ignorons à peu près tout du jeu qui se déroule réellement entre la main et le métal, à plus forte raison des changements qu'introduit dans ces gestes la fluctuation de nos diverses humeurs. C'est dans ce domaine que pénètre la caméra, avec ses moyens auxiliaires, ses plongées et ses remontées, ses coupures et ses isolements, ses ralentissements et ses accélérations du mouvement, ses agrandissements et ses réductions." (W.Benjamin, chapitre XIII, L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, dernière version de 1939).

 

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