REVUE 11

Influence du cinéma sur nos structures de pensée

Aurore CRESSON

 

 

Enfin, comme nous l'avons déjà expliqué, il y a thérapie par le cinéma, plus précisément "dynamitage thérapeutique" pour utiliser les termes de W.Benjamin, il permet à l'homme de trouver un certain équilibre dans ce monde technologique. Cette thèse a d'ailleurs été confirmée par les psychanalystes qui parfois conseillent à leurs patients de voir certains films, films propres à les aider à se libérer de leurs névroses, inhibitions ou frustrations. D.Cronenberg donne d'ailleurs à nos phobies, comme tant de maîtres du "genre", corps, il leur donne chair, il est en effet plus facile d'affronter nos peurs quand nous pouvons les identifier, car comme nous l'avons déjà expliqué, montrer les choses, c'est déjà réduire leur pouvoir.

 

Mais, le cinéma ne se limite pas au " dynamitage thérapeutique ", il éduque également les spectateurs. En effet, le cinéma, il est vrai, peut être, comme l'affirme le manifeste Futuriste sur le cinéma, "éducatif , "la cinématographie que nous préparons, belle déformation de l'univers […] deviendra la meilleure école pour les enfants : école de joie, de vitesse, de force, de témérité et d'héroïsme", pourtant ce n'est pas l'éducation la plus importante que le cinéma apporte aux spectateurs.

 

Le cinéma apporte tout d'abord, il est important de le souligner, une éducation par rapport aux images. Il suffit d'observer le comportement des personnes, comme des autorités et des médias lors du 11 septembre 2001 pour en être sûr : "Les gens ont pris l'événement comme une histoire de plus, même inimaginable mais c'est le propre des films dits américains que d'être incroyables. Et tout ce qui pouvait aller contre, des morts bien réels, des choses plus profondes et plus douloureuses que le simple " axe du mal ", ont été par système mis de côté ("Tout ce qui pouvait choquer, déranger, indigner, a été systématiquement nettoyé. Pas un corps, pas de traces de violence, ni de feu ni de sang, sinon la grandeur des ruines."). Que les citoyens des Etats-Unis ne supportent pas de voir leur mort en face est une chose, mais qu'ils remodèlent l'image devient troublant. Ils sont dans la propagande purifiée." (J-L.Godard, "Le cinéma a été l'art des âmes qui ont vécu intimement dans l'Histoire", dans Libération).

 

Certains théoriciens du cinéma affirment même que le cinéma, outre le fait qu'il aide le spectateur à mieux supporter le monde, lui apprend non à accepter son aliénation mais à la voir clairement devant lui, car dès lors, il sera un peu plus libre, mieux capable de penser comme sujet historique et social. Il est vrai que sa vie n'aura pas changé, mais elle sera un peu plus lucide, un peu plus claire. De plus, le film prenant à son compte tout l'horrible, l'étrange ou l'insupportable de la vie, le spectateur n'a alors plus à gérer cela tout seul, c'est la découverte majeure et déterminante faite par Fassbinder devant les mélodrames de Sirk : "L'étrange de l'histoire ne se passe pas dans la tête du spectateur mais sur l'écran. Les films de Sirk libèrent la tête". Donc, l'adaptation d'un livre choquant, par exemple, n'a pas à être elle-même choquante ; il vaut mieux que le spectateur voie lucidement ce qui se passe, et ce que cela peut signifier pour lui.

 

Le cinéma nous apporte donc une éducation, par rapport aux images particulièrement, pour la raison suivante : les images sont en constante évolution, elles sont toujours en progrès. En effet, à la différence de la littérature qui suit un mouvement figé, le monde des images est lui toujours en mouvement. Prenons des exemples dans chacun de ces domaines, Shakespeare, bien que ces pièces aient été écrites il y a déjà plusieurs siècles ont toujours le même pouvoir, pour la simple raison qu'en littérature, les choses sont pour ainsi dire "établies", alors que si un réalisateur refaisait "Le voyage dans la lune" de Méliès aujourd'hui il passerait pour un amateur, pourtant ce film est reconnu comme un film important, mais il a maintenant perdu de son pouvoir et il n'est pas possible de faire des films comme il y a cent ans, à la différence de la littérature, le cinéma suit un mouvement qui ne cesse d'avancer, on ne peut nier le progrès qu'a eu l'image car les spectateurs et leur manière de percevoir les choses comme les images a suivi ce progrès.

 

 

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