REVUE 17

 

PETITES LECONS D'ESPACE PUBLIC

EVRY LES TERRASSES DE L'AGORA

Cahier n°7 de la Maison de la Banlieue et de l'Architecture. 2002

Françoise ARNOLD

Stephane HIRSCHBERGER

Evry est devenue la préfecture de l’Essonne en 1964, quand le redécoupage administratif de la Seine-et-Oise a donné naissance aux départements de la région parisienne. Des villes nouvelles devaient équilibrer l’attraction de Paris et constituer une nouvelle armature urbaine plus large. Composée d’Evry, Courcouronnes, Lisses et Bondoufle, une ville nouvelle a été créée sur la commune de l’ancien village d’Evry-Petit-Bourg, au nom si évocateur. Cette décision politique forte fut accompagnée d’un projet de ville qu’un syndicat d’agglomération nouvelle (SAN) eut la charge de réaliser.

Imaginer une nouvelle ville est peut-être la plus belle commande pour des urbanistes et les villes nouvelles de la couronne parisienne furent un laboratoire d’idées et d’expériences qu’il convient d’analyser avec circonspection et lucidité. Il serait injuste de les considérer comme identiques car, derrière des similitudes, se cachent de nombreuses différences qui tiennent à leur durée et à leur moment d’édification, aux projets, aux personnes.
Elles ont cependant en commun d’avoir été imposées au territoire considéré comme une surface lisse et libre. Imaginée comme une somme de réseaux fonctionnels, rejetant la cité dite traditionnelle, la ville vient alors se «poser» sur le site sans attentions ni regard. L’espace public n’y apparaît plus comme un espace de projet et de pensée mais comme un vide à combler.

Le projet d’Evry-Ville nouvelle est l’image construite des théories urbanistiques des années 50 et 60 : séparation des flux automobiles et piétonniers, division de la ville en secteurs (habitat, commerces, équipement et activités). L’Agora, nom choisi en référence à la place principale au cœur des cités grecques antiques, est représentative de cette pensée urbaine, fondée presque exclusivement sur la fonction et l’usage, où l’aménagement en lui-même du territoire disparaît.

L’allée que nous avons choisi de montrer relie la gare RER à un centre commercial. Elle n’est pas sans qualités : largement dimensionnée, revêtue de pierre, matériau noble, elle profite des arbres plantés en contrebas au niveau des étages de stationnement. Son éclairage semble aujourd’hui désuet et peu adapté à son importance. Quelques plantations en jardinières l’agrémentent qui témoignent de la difficulté de planter généreusement des espaces publics sur dalle, la place centrale de l’Agora en étant la démonstration évidente. Cette allée, comme beaucoup d’espaces majeurs de l’Agora, est très fréquentée, preuve de la bonne organisation urbaine de ce quartier.
Mais la composition par strates fonctionnelles horizontales rend difficile l’usage des liaisons entre niveaux et complexifie excessivement les relations entre espaces publics et privés. Cette complexité se trouve renforcée par un système d’espaces secondaires où la distinction entre espace bâti et espaces libres manque de clarté et qui se révèlent, dans ce contexte, être des lieux peu sûrs.

La ville, qui traditionnellement se veut commode à qui la pratique et la visite, devient alors un jeu embrouillé pour initiés. Tournée sur elle-même, elle ne peut évoluer, ni se transformer, ni s’inscrire durablement dans le territoire.

Elle paraît cependant vouloir se modifier contre le modèle qui l’a générée, soit en changeant ses principes, soit en fondant son évolution sur d’autres pensées.
Le quartier en cours d’édification autour de la cathédrale, de l’hôtel de ville et d’un pôle universitaire marque cette volonté de retour à une image plus conventionnelle de la ville. Cette strate complémentaire plus ordonnée semble toutefois ne pas encore tout à fait prendre greffe et ajoute un peu de confusion à une histoire chaotique.


 

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