REVUE 23

LIN YUAN SHANG, chorégraphe, danseur. A propos de son œuvre « CHINESE BASTARD ». La ville ici ou là-bas, Taïwan, Paris, Evry. Entretien.

A propos de ta pièce Chinese Bastard, sur la bande-son, on entend des bruits de ville, il y a des choses très différentes, comment as-tu pensé ce mélange ?

Est-ce que la musique est venue d'abord?

Non, c'est la danse qui est venue d'abord. Ensuite, la musique vient, parce que nous travaillons avec les musiciens tous ensemble.

Pour Chinese Bastard, on a d'abord huit petits thèmes. Après, un terme vient : rencontre. Mais comment rencontre ? Et l'on dit : la ville. Nous étions avec le preneur de son, il a enregistré des sons à Paris, à Taiwan. Et l’on se dit : est ce qu’il y a une différence ? Il n'y avait pas beaucoup différence, plutôt une différence d'espace. dans cette optique, nous avons choisi des sons qui montraient cette différence.


Tu n'as pas eu peur que les sons viennent déranger la danse ?

Non, cette rencontre est déjà intéressante. Nous sommes tous les deux sensibles au son : comment travailler ces sons pour donner une musicalité ? Car ce sont bien des sensations, et de ces sensations, j'essaie de trouver une danse abstraite. Et comment, de ce thème, la rue, la rencontre va venir quelque chose ? J'ai besoin de cet élément concret.

En regardant la chorégraphie de Chinese Bastard, on voit de personnages qui font chacun quelque chose, et lorsque chacun se rencontre, on a l'impression d'une ville mais il ne s'agit pas à première vue d'une ville.

Tu dis cela, mais ces remarques viennent après pour nous. Nous voulons laisser un espace à la création. Dès le départ, nous ne voulions pas que ce soit trop noté.

 

Oui, on pourrait dire que ce n'est pas figuratif, ni l'illustration de ce qu’est une ville, juste un thème et des éléments qui se tressent. Il y a une trame, mais c'est pour cela que ça suggère bien une ville justement ! C'est parce que ce sont des énergies qui se traversent. Dans le même temps, le son d'une ville apparaît tellement (métro, vrombissements), il est tellement présent, qu'il donne de l'unité à ces éléments parce que peut-être si c'était un autre thème ce serait plus décousu.

Oui bien que tu projettes des réalités sur ces sons qui ne sont pas des réalités. Tu as entendu un métro et il n'y a pas de métro ! C'est une sonnerie de supérette asiatique !
C'est ça qui est intéressant : ce jeu sur l'ambiguïté. Il y a, dans Chinese Bastard, des ici et des là-bas. C’est à dire. reconnaître un statut de modernité à ce qui se passe là-bas et pas seulement ici. Et c'est pour cela qu’il y a eu une résidence d'artistes à Taiwan également, que toute l'équipe est partie là-bas parce qu'il s'était important qu'il y ait les deux.

Est-ce que le thème de la ville ne permet pas justement cette liberté, le fait que tous les membres reconnaissent par le son ce qui est une ville peut te permettre ensuite de faire des choses très abstraites ?

Bien sûr. Mais le thème de la ville c'est aussi thème de la solitude, tout ce qu'elle a amené de négatif…

La ville est souvent présenté comme quelque chose de négatif, bruyant, speed mais c'est aussi une accélération qui permet plus de rencontres. On est dans une époque qui dit : fuyons la ville pour la campagne, mais elle est aussi un extraordinaire accélérateur de rencontre de cultures...

Effectivement, le petit bonhomme projeté sur les écrans du décor commence à avancer lorsqu’il passe devant un building, deux buildings alors que les deux danseurs sont perdus devant chaque écran. Car ce qui me semble intéressant, quand je suis perdu à Paris, à New York, à Taiwan, c'est de penser : comment je suis perdu ? qu'est-ce que je peux découvrir ? est-ce que je peux découvrir ma propre route pour retourner ou peut-être être déjà ailleurs ? Et c'est pour ça que ce qui m’a intéressé c'est cette opposition du ici ou là-bas.

 

Il y a une simplicité du décor, deux écrans tendus et mobiles, peu de couleur, du rouge et du vert, peu de lumières, un rectangle délimité au sol par la lumière. Une ville est toujours une délimitation : est-ce que c'était votre idée ?

On n’a parlé ensemble avec le créateur de lumière, au début, il y a une sensation qu'on a travaillé beaucoup, la solitude. Par exemple, je suis en France, depuis pas mal de temps maintenant mais, il y a, en moi, une solitude, une envie de retourner. Ou bien lorsque je suis à Taïwan, chez moi, il y a une solitude de moi-même. Je veux dire : je veux encore voyager, découvrir le monde. Pour les deux endroits, qu’elle que soit l’envergure de pensée, il aura toujours une limite.
Et tu as toujours envie de traverser cette limite. Voilà ce que signifie cette lumière au sol. Mais cette idée n'est pas de moi, je travaille en collectif, avec d’autres. Le travail part d'un thème que je donne, ou plusieurs thèmes, et que l'on va développer. Et dans ce développement chacun peut discuter, participer et, essayer.

Et ses choix de limiter a peu d'éléments, il vient de toi ?

Oui, avec le créateur de lumière, on a toujours voulu quelque chose d'un peu simple. Pour que ce soit un peu comme un rêve. Dans un passage, il y a jeu d'ombres, les marionnettes de Chinese Bastard, il y a peu d'éléments mais pourtant, tu vois clairement. Et ce peu de lumière donne une beauté.

 

LIN YUAN SHANG, chorégraphe, danseur.

Entretien avec Franck SENAUD. Novembre 2004

Je rappelle que toutes les illustrations et textes cités sur ce site restent la propriété de leurs ayants droit légitimes. Ils seront retirés à leur demande. Toute utilisation à but commercial de matériel se trouvant sur ce site sans autorisation de leurs ayants-droit est bien entendue proscrite.

REVUE 23