REVUE 25

La fragmentation et la complexification de notre rapport au temps et à l’espace

1- Le présent se démultiplie en de multiples dimensions, se fragmente.

 

Il nous est de plus en plus facile de nous déplacer, toujours plus loin et plus vite, par des moyens réels (transports) ou virtuels (télécommunications).


On accède ainsi à une impression d’omniprésence, et même d’omniscience.

A chaque instant, de multiples possibilités s’offrent à nous. Le présent se démultiplie ainsi en de multiples dimensions.
Les horaires professionnels sont rendus plus flexibles, notamment avec l’adoption des 35h de travail par semaine, le développement des temps partiels. Parallèlement, nous travaillons de moins en moins longtemps au même endroit : contrats de travail à durée déterminée, intérim…Nous nous habituons ainsi au changement.
Nous disposons de plus de liberté dans la répartition de nos activités. Nous cherchons à allonger le temps consacré aux plaisirs, aux loisirs, grâce à la diminution du «temps contraint ». Nous ne supportons plus la perte de temps, qui se fait au détriment du «temps pour soi», et donc nous cherchons à optimiser les déplacements: par exemple, en faisant ses courses sur le trajet du travail.


Ainsi, le temps et les lieux consacrés au travail, au domicile, aux loisirs (sport, flânerie en ville…), à notre «tribu» (c’est-à-dire un groupe ayant des valeurs communes) s’entremêlent.
Nos repères temporels (métro, boulot, dodo, ou le cheminement classique enfance, études, profession, mariage, retraite, décès) ne suivent plus leur programme. Même la frontière diurne/nocturne résiste mal. Nos repères culturels et sociaux explosent : brassage des populations, mélange des statuts sociaux...
(Bruno Marzloff, « Nomades, Sédentaires et baladeurs, Urbanisme n°320, sept.- Oct. 2001)


Enfin, nous passons de plus en plus de temps dans les transports ou dans les lieux de transition (gare, aéroport, arrêt de bus…).


L’habitant- type du milieu périurbain* est un bon exemple de mode de vie «multipolarisée*» qui «survalorise la mobilité». Ainsi, «L’habitant du périurbain tisse son réseau du lieu de résidence au(x) lieu(x) de travail, en passant par la fréquentation des centres commerciaux, des équipements et services publics et privés, et incluant de rares incursions dans la ville-centre»
(Pierre-Henri Emangard, Urbanisme Hors série n°12, avril 1999 « Comprendre et anticiper l’avenir »)



2- Quelques conséquences de ces évolutions :

 

Montée de l’individualisme :


Les rythmes collectifs s’effilochent, chacun devient en quelque sorte un «électron libre». La voiture est le symbole de cette liberté individuelle. Elle constitue un espace privé, une deuxième maison.


La maison constitue d’ailleurs une place forte. Elle rassemble en un lieu l’essentiel des rôles dévolus hier à la famille. Et, (cela n’est pas radical, mais constitue une tendance générale), là où il y avait échange social (le lavoir, la rue, les guinguettes, les cafés),


«Il y a désormais consommation privée, rétractation individualiste, comme une riposte à la modernité mobile, une expression du lien social désorganisé.(…) La rue, en échappant au contrôle collectif du voisinage, fait peur.» (Jean Viard, La société d’archipel ou les territoires du village global, éd. De l’Aube, 1994)


Les maisons individuelles se multiplient, répondant à un besoin de liberté de la part de leurs habitants : Possibilité de faire construire sa maison, d’aménager et d’utiliser l’espace extérieur, usage qui procure une autonomie par rapport à l’usage des lieux publics, ou encore possibilité de mise à distance des voisins…




Un effet d’enfermement :


Paradoxalement, la possibilité d’accéder partout et facilement provoque une perte en valeurs émotives, en aventure, en mystère. Le monde est connu, proche, à portée de main. Les obstacles sont abolis. Nous avons une image d’un monde beaucoup plus «petit» qu’auparavant, nous en avons atteint les limites. Le dernier domaine d’exploration, celui de l’espace, nous renvoie à notre radicale petitesse face à l’infini.
(Paul Virilio, Cybermonde ou la politique du pire, 2003)



3- Une matérialisation fidèle de ces phénomènes sur le territoire

On peut remarquer que les constats dressés pour nos modes de vies se matérialisent fidèlement sur le territoire : fragmentation, changement et flexibilité, usages différents qui s’entremêlent en un même lieu, et des effets retords comme la montée de l’individualité, la perte de repères traditionnels.


Le développement des moyens de transport et de télécommunication modifie les formes urbaines : la ville compacte, dense, continue, fait place à une «métapole*», discontinue, hétérogène, multipolarisée. La «métapole» fait plus que jamais partie d’un réseau, d’échelle grandissante : régionale, nationale, européenne, mondiale.


Dans le même temps, l’accessibilité des lieux et la mobilité des personnes, des biens et des informations deviennent des facteurs de différenciation des espaces de plus en plus déterminants.
(Institut pour la ville en mouvement, Bouge l’Architecture ! - Villes et mobilités, 2003, François Ascher, « Le mouvement au cœur de la modernité », Jean Viard, La société d’archipel ou les territoires du village global, éd. De l’Aube, 1994)

 

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