REVUE 1

Suite de cette histoire de la figuration qu'il nous faut écrire.

Le nu qu'on déshabille

 

Figure et idéologie

 

Dans le manifeste qu'ils signèrent en 1909, les futuristes italiens " chantaient l'amour du danger, l'habitude de l'énergie et de la témérité ", ils rejetaient comme dans le même sac, musées, bibliothèques, moralisme, féminisme et autres idées utilitaires.

La femme exclue, sa représentation aussi. Tout art excluait nécessairement le nu comme représentation antique, muséale, atroce donc ! figée !

C'est ce que représentait le nu (ce qu'il porte avec lui (passé, passage obligé, référence et force de la référence) qui gênait cette révolte futuriste, la concurrence sur le terrain même de l'idéologie : être au centre de la représentation. Il fallait proposer de nouveaux éléments à figurer, de nouveaux moyens, casser les us et coutumes de la représentation. C'est avant tout par sa négation, son parti pris d'instabilité que les futuristes se décrivaient, et le nu ne pouvait s'y rapporter. D'autant qu'un peu d'antiféminisme n'était pas pour leur déplaire !

Pourtant le nu est-il féministe ? on peut en douter, l'idéologie ne pouvait se permettre de telles nuances, le nu était figure trop centrale pour ne pas être irrémédiablement exclu.

Sans penser qu'un petit malin la ferait descendre un escalier !

Le nu exclu par la grande porte revenait par l'escalier ! Il ne transportait avec lui que son image, son histoire, sa représentation et un peu de mouvement l'en délestait ! ? ! L'œuvre du français Duchamp ne se rapportait évidemment pas aux futurismes et à ce renouvellement au sein même de l'idéologie mais il leur en empruntait leurs propres moyens ! Le nu référence, repris, découpé en éventail, déplié sur un escalier, en mouvement continu venait narguer le mouvement de contre référence sur son propre terrain ! Capacité de la représentation de tout accepter, capacité de la figure de s'associer à tous les discours, de prendre tous les moyens, similitude de la figure et de la représentation de ce point de vue.

Est-ce le sujet lui même ou le fait de le mettre en mouvement qui allège la représentation ? Les deux simultanément et - heureusement - sans que quiconque ne puisse le déterminer.

 

Sartre dans L'Être et le Néant , établit qu'un nu au repos, de dos, n'est pas obscène, mais le devient quand il se met en mouvement. On ne peut totalement suivre Sartre dès qu'il bouge, pourtant il pourrait y avoir là un des ressorts - action/réaction- de la représentation.

 

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