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Que certains peintres aient travaillés sur le pornographique ne les a pas détourné d'une préoccupation essentielle : composer.

Cocteau illustration de "Querelle de brest"De ce point de vue l'image pornographique ne se distingue pas du reste des oeuvres. Et pourtant, si la parution de "Querelle de Brest" de Genet illustré de dessins pornographiques de Cocteau non signés, si Ruskin a fait disparaitre quantités de dessins pornographiques de Turner ou si Balthus a construit sa carrière sur un équilibre provocant - valeur de métier, de tradition même et voyeurisme pédophile montrent bien évidemment que l'intention et l'image produite ne sont absolument pas anodines.

Les raisons données par Senaud dans le texte précédent l'explique en partie : le caractère incontournable, immédiat et signifiant du corps exhibant son activité sexuelle interpelle si directement que la valeur picturale a tendance à disparaître, comme si l'on ne pouvait réellement être attiré par les deux choses à la fois.

 

Schiele self portrait 1918.Lorsque Schiele se peint lui même, nous regardant, verge en érection, d'un rouge tranchant, l'exhibant de ses deux mains, son intention provocatrice, mégalomane ne fait pas le moindre doute. Et pourtant toujours le même sens exceptionnel de mise en scène, de composition dans la page, de déformations des membres et du vêtement par le dessin jusqu'à n'obtenir qu'un seul motif, imbriqué dans la page. L'intention n'est-elle que de choquer alors ? Oui bien qu'il soit difficile de voir les deux choses simultanément, l'esprit qui les juge passe d'un regard physiologique à une appréciation picturale.

Tous les peintres qui ont produits des images pornographiques par provocation, par désirs, par revendication ont ajoutés des éléments plastiques qui les ont fait passer de simples présentations de corps à représentations.schiele saphic couple 1911

Par la séduction de la représentation, le peintre nous piège face à cette présentation. Comme l'image de ses séquences d'actions nous interpellent, nous attire ou nous dérange, la figure sait donner les gages d'une interprétation à la conscience du spectateur, elle lui assure le plaisir de la reconnaissance, elle le confirme dans son envie de reconnaître dans ses figures... lui même !

Ce n'est pas de l'humain que la figure nous montre c'est le besoin plastique de reconnaissance de l'homme, le besoin de son esprit de se reconnaître, de se reposer dans une figure.

Le pornographique ne fait que mener à son terme ce mécanisme.

 

Andrea COTTI février 2001
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