REVUE 2

I.3 Le dessin "sur nature":

Que cherchons-nous à saisir devant le réel ?

 

L'ossature ou l'idée de la figure.

Jean Marc ALLAIS, peintre

En premier lieu il convient de définir ce que recouvre ici le terme de figure humaine. Il ne faut pas le comprendre comme une restriction au visage humain mais dans un sens générique. Comme silhouette, ensemble inséparable, corps et tête : signe dont la structure engendre la reconnaissance d'une forme humaine. Ceci étant quelle aide apporte l'ostéologie à la représentation de la figure humaine ?

On pense d'abord : le squelette est au corps ce qu'une charpente est à un bâtiment. Il en est la structure. Son aspect extérieur n'est qu'un bourgeonnement à partir de cette partie solide : le développement logique.

En connaître l'intérieur c'est pouvoir s'acheminer vers sa conséquence.

 

Il symbolise cette partie stable à laquelle on peut remonter - qui ne fuit pas - sur laquelle on a prise.

ALLAIS Etude au crayonContrairement aux muscles qui font partie du domaine élastique, un champ essentiellement mouvant et difficile à appréhender. élastique, un champ essentiellement mouvant et difficile à appréhender. Non que la connaissance en soit impossible. Un muscle peut être parfaitement défini par ses insertions, son parcours et ses fonctions relatives. Mais il s'agit d'une description statique qui reste intellectuelle et n'est pas d'un grand secours pour une représentation dynamique tant les sources de déformations se multiplient. Ils sont soumis à au moins trois types de déformations. L'une tenant à leur structure propre qui elle-même dépend des forces qui leurs sont appliqués et le tout dégradé par la perspective. Nécessité d'une vision tridimensionnelle dynamique et intellectuelle. Toujours possible mais long et pénible.

Alors que globalement les os semblent avoir la bonté de nous indiquer les axes des membres qu'ils supportent. Leurs articulations peuvent se réduire à des liaisons mécaniques connues : liaison axiale ou par rotule, etc... .

Il semble constituer une simplification du corps, un modèle de représentation, au sens mathématique du terme.

 

On peut décomposer les os en formes simples et les mettre en perspective. Le dessinateur construit, déduit la forme. Cet élément de connaissance le rassure aussi. Il lui donne, comme un balisage, des repères par la constance et la caractéristique de leurs affleurements à la surface du corps.

Cet aspect de l'ostéologie, fort utile au demeurant, a largement été utilisé. David "construisait" les personnages de ses compositions à partir de squelettes qu'il habillait par la suite de muscles, de peau et de tissus.

Mais il existe une autre raison d'utiliser l'ostéologie : un aspect psychologique.

 

Nous savons l'attirance de l'homme pour sa propre représentation. Or cet intérêt est un obstacle majeur pour lui-même. En effet, il empêche de mettre en œuvre ce processus d'abstraction nécessaire à toute représentation qui permet de ne considérer un objet ou un être exclusivement comme un assemblage de formes soumises à la perspective.

Le visage spécifiquement, nous apparaît chargé d'une quantité d'aspects, affectifs ou autres, totalement extérieurs à sa représentation qui, prépondérants, la rendent impossible à représenter.

Mettre en perspective un crâne ou, ce qui est alors un peu plus qu'un crâne, est un moyen de contourner cette difficulté. Car nous n'accordons pas de valeur psychologique a ce quasi objet qu'est en soi un crâne.

Nous ne sommes plus tenté de le parer des attributs d'une personnalité ou de nous y identifier.

 

Jean Marc ALLAIS. le 15 mars 2000
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