REVUE 2

PAYSAGE DE KAWAAI GYOKU DOH
Traduction de Kawa ai Gioku Doh Kawa ai Gioku Doh a un parcours symétrique de celui d'un Manet ou d'un Degas. Né au Japon en 1878 au cœur de la culture de l'estampe traditionnelle, il a été influencé, de part ses séjours hors de son pays , par le dessin européen.

On retrouve tout au long de son œuvre ce balancement entre ces deux cultures. D'une part dans les sujets représentés et de l'autre dans sa manière de faire. Il s'impose avant tout comme un paysagiste .

Mais ce qui a retenu mon attention est, dans un de ses dessins à l'encre, sa manière de représenter des groupes de conifères dans le lointain .

Ce détail semble exemplaire des mécanismes généraux du dessin. En effet dans ce paysage l'observateur est trop éloigné du sujet pour le détailler.

Se pose alors la question pour le dessinateur de savoir comment il va restituer ces objets .

Quelle information ultime il doit retenir et correspond t-elle à quelque chose qu'il peut produire ?

 

On voit une série de traits foncés verticaux nets à leur base et finissant en dégradé vers le haut. Leur taille varie ainsi que leur espacement.

De simples coups de pinceau donnés de haut en bas.

Leur base nette figure l'assise du tronc coupée par la perspective du sol, l'étagement de ces différentes assises fait comprendre un sol plat ou en pente.

Le dégradé du haut fait comprendre le tronc qui se confond au feuillage de moins en moins dense et qui se perdent dans l'air. Viennent se superposer à ces lignes verticales des traits horizontaux, plus clairs dans les premiers plans que les premiers puis aussi foncés dans les plans éloignés.

En effet, au premier plan, la valeur du feuillage se différencie de celle du tronc et tend au loin à se confondre avec celui-ci. Des réserves de blanc alternent avec ces traits horizontaux.

A bien y penser ce jeux de traits et de réserves n'a rien à voir de près ou de loin avec l'idée que l'on a d'un arbre mais est un codage efficace .

Car il correspond exactement à l'information principale que l'on retient devant un tel paysage: une succession de trouées horizontales dans une masse sombre. Il n'y a pas nécessité d'en dire plus.

Il y a correspondance maximale de l'information nécessaire et du moyen d'expression.

Par analogie avec les mathématiques, on peut dire que le dessinateur a simplifié l'équation du réel pour la mettre sous une forme immédiatement interprétable par le spectateur mais en conservant et donc en restituant la totalité de l'information qu'elle contenait au départ.

En passant on peut penser que ce codage n'est pas unique, qu'il est propre à son inventeur et qu'il en existe d'autres. Une fois trouvé il faut le mettre en œuvre et c'est là qu'entre en jeu le talent plus ou moins grand du dessinateur.

 

Jean Marc ALLAIS Décembre 2000
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