REVUE 2

A propos de

L. Cremonini

Jean Marc ALLAIS

 

Le terme de "peinture de L.Cremonini " correspond ici à une période qui couvre son œuvre ,de ses débuts jusqu'à l'année 1961 environ. Non que celle-ci cesse d'être intéressante : absolument pas.

Mais à partir de ce moment elle amorce un tournant et prend une direction sensiblement différente qui ne correspond pas à la description qui suit.

 

CREMONINI LES FEMMES AU BALCON"Les femmes au balcon" :

vermillon pur.

Les passages dans les chairs : ocre jaune, sienne naturelle et cinabre vert dans les chairs ,

Lumière en jaune cadmium et jaune de Naples.

Orange de mars : qui donne ce coté chaud, or.

 

 

CREMONINI LES TENSIONS VEGETALES"Les tensions végétales" :

du brun Van Dyck additionné de vert cinabre (que l'on voit pur dans le bas à gauche) et de sienne naturelle, du gris peut-être de bleu cobalt (qui sert en glacis à différents endroits) et de sienne naturelle et d'une pointe de laque de garance

Le sens de brossage permet aussi de sentir la distinction des volumes et parfois de ne pas la faire sentir (en peignant plus dans le sens de la forme), du vert cinabre également dans le gris du fond peut- être rajouté dans le frais ,car pas en glacis et sans doute pas dans le ton lui même déjà composé de trois éléments , des glacis de laque, des hachures dans le frais de bleu de cobalt qui cassent le contour et vont vers les passages.

 

"L'homme et la bête" :

de la laque avec du blanc, avec du bleu de cobalt pour des violets, du rouge de cadmium et peut être du vermillon, de la terre de sienne brûlée , de l' ocre jaune ou sienne naturelle (qui est une couleur chaude, transparente une pointe de blanc et une pointe de vermillon, des gris de violets et une pointe de noir, peut être du blanc d'argent empâté pour avoir des taches aussi présentes, les roses mélange de laque et blanc puis des restes du gris qui traîne à côté.

 

CREMONINI "LES MOUTONS ET LES CACTUS""Les moutons et les cactus", une vraie fête :

de la sienne naturelle, du blanc et du vermillon dans les lumières, du vert anglais, peut être du vert émeraude, du jaune de cadmium, du gris (sans doute pas noir peut être bleu de Prusse (qui lui donnera des très sombres par endroit) ou du cobalt additionné de blanc et de laque) dans les demi-teintes, du vert de vessie (vert hooker ?) et dans le fond des bruns de la terre d'ombre naturelle (verdâtre), du noir, plus sienne naturelle-vert émeraude-vermillon qui donne les reflets respectivement vers le doré, le froid ou le chaud, la petite lumière ds le fond blanc-sienne naturelle-vert anglais-bleu froid (cobalt ou Prusse (plutôt Prusse pour les raison données plus haut) et des bruns de bleu et de vermillon plus sienne naturelle ou blanc ou ocre jaune.

 

On s'interroge souvent sur ce qui a amener un peintre et son œuvre ou ils sont . On en juge souvent à la lumière de sa propre expérience, dans son domaine et dans la manière que chacun a de faire parler cette œuvre. Un philosophe va y trouver des fondements philosophiques, un physicien va ramener sa description sur le terrain de la théorie ondulatoire de la lumière.

Or si toute analogie est possible pour expliquer et parler d'une œuvre il est intéressant de rattacher celle de L.Cremonini avant tout à la peinture.

Et par peinture il faut l'entendre au sens premier c'est à dire : la pâte colorée.

Ce qui frappe avant toute réflexion, à première vue, c'est bien le lien étroit , presque affirmé , qui lie le résultat produit, le tableau, au moyen de production, la peinture à l'huile.

Il ne semble pas qu'un résultat aurait pu découler de l'utilisation d'une autre technique de représentation.

En effet l'observation de plusieurs tableaux met en évidence la récurrence de certaines phrases de certaines figures rhétoriques propres à la peinture l'huile .

 

On retrouve, par exemple, l'utilisation des passages .

 

Ce sont des étirements d'une surface colorée à une autre au moyen d'un pinceau sec qui donnent à l'oeil du spectateur l'impression de passer insensiblement et subtilement d'une couleur à une autre , d'un plan à un autre : d'ou ce terme de passage.

Maîtrisé on peut lui donner différents aspects : parfaitement lisse ou tramé, attribuant à la peinture par les effets recherchés une structure propre.

 

Or presque par jeu ou retournement ils arrivent bien à traduire l' effet de fibres tendues, de forme sous-jacente, comprimée sous son enveloppe, pressante et prêtes à sortir. Comme le résumé d'une idée de tension, d'énergie ou de croissance.

Trois éléments caractéristiques de la nature.

 

 

On les retrouve dans la croissance des "plantes nouvelles" ou la peau tendue sur les os des articulations en action des "articulations et désarticulations". Les tableaux semblent résulter d'une double observation et d'une double réflexion presque parallèles du peintre sur les éléments qu'il lui sont donnés : le monde et la nature qu'il voit et les possibilités de la technique qu'il emploie .

 

Comme si, concurremment, la maîtrise du moyen de représentation, donc de sa structure, avait imposé, par un dépassement de l'habileté, la même recherche dans la manière de représenter, correspondant à la plénitude de l'utilisation du moyen de représentation.

Comme si a force de manier et de façonner la peinture et du plaisir qu'elle lui procure, refermant le cercle, il avait trouvé une continuité, un passage entre la représentation et le représenté .

 

Par extension elle constate la similitude du végétal, du minéral et de l'organique.

S'intéressant à leur trouver un point commun elle a la volonté de les unifier. D'ou ce glissement permanent d'un monde vers l'autre que décrivent les titres de ses tableaux : "tension végétale","anatomie d'un paysage" ou " les moutons et les cactus".

 

Car le titre du tableau donne toujours une orientation singulière à celui-ci chez Cremonini.

 

Il repère et répète des séquences - ombre, demie teintes, lumière - des fondus d'une couleur à une autre se perdant sur un contour net.

Dans leur description individuelle elle cherche ce qui en détermine l' ordonnancement et la cohésion : le principe qui les engendre - s'attachant plus à exprimer le potentiel et la puissance qui peuvent les lier qu'à en décrire la forme.

 

CREMONINI L'HOMME ET LA BETE.L.Cremonini propose un univers abstrait du réel .

 

Par propagation , du moyen aux objets, il en est venu à rapprocher les objets entre eux, puis à jouer avec le spectateur de ses toiles de ces rapprochements.

Dans " les moutons et les cactus " il est purement formel et dans "l'homme et la bête" joue plus avec l'idée de l'observateur .

Sa peinture s'appuie sur une juxtaposition de contraires : plein- vide , similitude -différence.

Elle tire son intérêt et son énergie de la présence de ces oppositions.

 

 

On le retrouve dans ces trois tableaux appelés "les femmes et les rochers", "femmes endormies au soleil", "les femmes au soleil".

CREMONINI  LES FEMMES ET LES ROCHERS 54On voit des femmes-rochers ou des rochers-femmes. Comme si leur structure commune les faisaient se reconnaître. Il y a ce lien de similitude, presque de parenté, qui ne prend toute sa vigueur que dans l'affirmation simultanée de leur différence, de la distance que notre esprit leur impose par l'idée que nous en avons.

 

En cherchant à rapprocher les objets il ne les mélange pas mais les met dans un nouveau rapport.

Le corps humain prend le cote monumental et intemporel de la roche en lui empruntant sa probabilité de couleur et de langage.

 

Jean Marc ALLAIS (analyse technique : F.Senaud). Juin 2000.
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