REVUE 3
Idir_Vue d'Ajaccio Idir_Vue de Bonifacio

 

Par Jean-Marc Idir

 

Par définition, l'œuvre picturale se caractérise par un aspect unique qu'il paraît difficile de mettre en série : on voit mal, en effet, Léonard de Vinci multiplier à l'infini la Joconde. La particularité propre à l'œuvre d'art n'est-elle pas, précisément, de ne pouvoir être multipliée ? De même, l'irréductibilité de celle-ci fait qu'il est délicat d'amputer ou d'ajouter un élément sans que l'œuvre ne s'en trouve profondément modifiée.

 

 

 

 

 

 

Bien sûr, la Joconde est disponible en série sur les cartes postales vendues à la sortie du musée, mais il convient toutefois de préciser qu'il ne s'agit que d'une reproduction qui, si elle perpétue le souvenir du portrait original, n'en demeure pas moins qu'une infime fraction. La connotation mathématique du terme semble à l'opposé des exigences artistiques et, pourtant, les Suites de Bach nous bouleversent. La série peut donc être un genre en soi.

 

 

 

D'une certaine manière, le sculpteur faisant tourner son modèle, accomplit une série : son œuvre pourrait être considérée comme étant la somme d'une multitude de profils (tout au moins dans le cadre d'une approche telle que l'entendait Rodin). Dès lors que l'on introduit la notion du temps, le portrait se présente également sous la forme d'une suite des différents instants s'étant écoulés durant la pause du modèle ; il est la concrétisation d'une durée déterminée. L'œuvre plane écarte quant à elle la superposition d'une succession de profils (même si la question semble avoir un temps hantée Picasso), mais il n'en demeure pas moins qu'elle incarne, elle aussi, la récapitulation d'une succession d'instants, ce qui rend le portrait peint finalement plus présent qu'une photographie. Cette dernière, ne rendant compte que d'une fraction de seconde, fuit le combat, alors que le peintre l'affronte : les heures de pause du modèle finiront par révéler une personnalité bien plus profonde, captée par la vision subjective du peintre.

 

 

 

 

Idir_ Archipel-des-Lavezzi Idir_L'ermitage de La Trinité
Aussi Loghi corsi est-il une suite de dessins traçant un portrait de la Corse au travers de vingt-quatre " profils ". L'approche n'est certainement pas exhaustive, mais constitue une tentative de capter la lumière par le biais du paysage. Il s'agit bien d'une œuvre sérielle, au sens où aucun dessin ne pourrait être dissocié sans limiter considérablement cette approche. Certes, chaque dessin se suffit à lui-même, de même qu'un dessin d'Hugo Pratt constitue déjà une œuvre en soi. Les cases d'une planche de bande dessinée pourraient ainsi être découpées et exposées séparément, mais l'on perdrait le fil conducteur. Si ce dernier paraît secondaire, il demeure toutefois indissociable de l'œuvre.

 

Idir_ Filitosa

 

A l'inverse de son application technologique, la série n'implique pas une répétition : une suite de Bach n'a rien à voir avec l'équipement de série que propose un concessionnaire automobile. Cependant, l'œuvre d'art n'est pas à l'abri d'un traitement systématique ou ce qui n'était initialement qu'un moyen, devient une fin en soi.

 

 

 

 

Jean-Marc IDIR . juillet 2001

Les illustrations de ce texte proviennent du livre de Jean-Marc Idir

Lieux symboliques de la Corse Loghi corsi Romain Pages Editions

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