REVUE 3
Suite et bande dessinée.
Par JM ALLAIS

 

scène tirée de Corto Maltese en Siberie de H Pratt

 

Le fonctionnement de la bande dessinée répond assez bien au mécanisme d'une suite. On y retrouve l'idée de terme et de progression, correspondant respectivement à ses éléments constitutifs : la case et son contenu.

Le contenu de chaque case se déduit du précédent puis, de proche en proche, forme un ensemble ordonné de termes qui finit par raconter une histoire. La bande dessinée procède d'une suite de moments choisis. Chacun de ces moments ayant une durée propre apporté par le dessin et le texte. Chaque case est rattachée aux autres par un lien logique qui permet au lecteur de combler le manque qui les sépare.Car aussi importante que la suite d'images est celle des interstices qui les séparent.

 

Il s'agit d'articuler un récit par une progression logique plus que temporel dans le cas présent. L'auteur exprime une situation plus qu'il ne décrit un mouvement, rôle dévolue à la caméra au cinéma. De ce fait il crée un rythme narratif et privilégie les éléments qui lui permettent d'être compris. Le choix du contenu successif des cases étant justifié par un lien logique propre à la nécessité du récit. C'est un processus discontinu qui ne se lie pas au temps mais au sens du récit.

 

La variation combinée de ces deux éléments, case et contenu, forme un rythme de narration particulier, la rendant expressive et efficace. Chaque auteur jouant à sa propre manière de la combinaison de l'importance relative de ces deux éléments.

 

 

Cela va de Tintin ou les bd de M. Canif par exemple dont la préoccupation majeure est le récit au cas limite du comics Américain qui, une fois lu, est jeté. Preuve s'il en est de son unique fonction narrative puisqu'épuisée totalement à l'instant même de la fin de sa lecture. Le dessin n'est qu'un support et ne comporte pas un intérêt propre et ne confère pas au livre l'attribut d'objet digne d'être regardé et gardé.

 

D'autres auteurs font des recherches plus radicales tant du côté du dessin que du texte. H. Pratt et L. Trondheim en sont deux exemples assez opposés d'ailleurs dans ce que le premier a dépassé la forme par sa force de dessin et l'autre par sa faiblesse …en dessin ( c'est lui-même qui le dit ).

Dans certaines oeuvres de Pratt le dessin prend le pas sur la narration.

page tirée de l'album : Corto Maltese en Siberie de H.Pratt

 

Il se crée une lecture transversale, presque uniquement esthétique. La page se transforme en motif et commence à se suffire à elle-même.

détail

 

Mais la sur- utilisation de ce genre d'effets ( comparable au fondu enchaîné du cinéma ) romprait le mécanisme de progression. Bilale qui cherche à donner à chaque case une valeur de tableau en est un exemple, à mon sens.Il se condamne à l'immobilité. La fluidité vient de l'interdépendance de chaque case, de son manque à exister sans les autres.

 

L. Trondheim,lui , joue avec le contours des cases qui se met à égalité avec le dessin par son extrême simplicité, créant des grands tableaux.

 

De loin ils ressemble à la carte de la séquence d'un gène où à un circuit imprimé.

Bande dessinée de L.Trondheim

On pourrait presque entrer par n'importe case du tableau pour lire sa suite d'histoire.

 

L'absence de texte et l'aspect répétitif de chaque dessin confère un côté obsessionnel, drôle et grinçant à son histoire.

détail

 

 

 

 

 

Donc une expressivité indéniable.

 

JM Allais 03-01-2002
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