REVUE 6

ANALYSE DE PAYSAGE URBAIN.

BOULEVARD DE L'EUROPE Planquette BOULEVARD DE L'EUROPE1977.

 

Une ossature à compléter par l'histoire.

 

La photo du haut montre bien l'aspect de squelette décharné, d'ouvrage inachevé. Inachevé pour de multiples raisons. La première était prévue dès la conception. Un important recul par rapport à la voirie était imposé à l'Agora comme aux Pyramides. C'était une politique de réserve foncière ménageant les besoins futurs, appliquée aussi en de nombreux autres endroits du centre. On savait bien qu'il soit vain de tout prévoir tout de suite.

 

Les cotes d'implantation des chantiers ont donc été données sans que l'on sache ce qui viendrait après. On imaginait vaguement soit des dalles qui recouvrirait le boulevard, soit des immeubles bas, le long de la voirie.

 

Une force chute d'ambition.

 

La crise économique, qui s'est prolongée de 1973 jusqu'au milieu des années quatre-vingt, a imposé la rupture avec les illusions des " trente glorieuses ". La conception d'ensemble de la ville nouvelle a été faite durant cette période, où l'on imaginait une croissance continue et pour longtemps.

Alors, partout en France, les urbanistes rêvaient de jeter des dalles par-dessus des boulevards périphériques encaissés.

A l'époque, le maire d'Evry avait même proposé de couvrir la RN7 tout au long de la traversée d'Evry.

 

Photo PLANQUETTE  bvdeurope1997

Initialement, on prévoyait une dalle d'une largeur, en gros de la passerelle de la station Shell, à l'autre passerelle piétons qui relie les Miroirs à la patinoire ; Le but était d'obtenir une forte continuité entre le centre et le premier quartier d'habitat, et à terme, de permettre l'extension du centre sur ce qui est devenu "les Pyramides". Cette dalle aurait bien sûr, accueilli des commerces ou services, assurant la continuité. La dégradation de la conjoncture a vu le rétrécissement progressif de ce projet d'ouvrage.

Reviendra-t-on, un jour, à plus d'ambition que les trois dérisoires " ficelles " actuelles ?

 

Voir aussi une arrière pensée de reléguer l'automobile hors des zones piétonnières animées. On employait parfois le terme de " égouts à voiture " et la tendance était de cacher de la vue des chalands ces parties peu glorieuses, en les recouvrant.

 

Planquette BOULEVARD DE L'EUROPE1977.

 

Les urbanistes ne contrôlaient pas tout, et en particulier l'établissement des projets détaillés de voirie, qui relevait du monopole de la DDE. Les premiers avaient dessiné, dès le début, un plan de voirie dans toute la ville. Quand il s'agissait de passer de la réalisation d'un tronçon, les services de l'Equipement revoyaient le tracé, et établissaient les plans d'exécution.

Le boulevard de l'Europe, comme les autres grandes voiries du centre, reflètent aussi la tendance des ingénieurs de l'Equipement à dimensionner confortablement les voies urbaines (largeur des voies, rayons de courbure permettant d'aller vite en voiture, large bas-côtés). A leur donner des caractéristiques quasiment autoroutières, sans se soucier des ruptures que ces normes imposent au tissu urbain.

L'axe devient un obstacle infranchissable, au lieu de fédérer les deux rives, et de permettre le respect de la règle du "vis-à-vis", capitale pour le commerce.

 

Faiblesse de l'urbanité

 

Pour le moment, seul un tout petit tronçon mérite la qualification urbaine : la section entre le pont des bus et l'angle Bd Europe/rue des Mazières (livreurs de pizzas, restaurant chinois…). Il est le seul à aligner des pieds d'immeubles vivants, le long de la voirie.

 

Même sur ce tronçon, la qualité urbaine est inégale. Ceci reflète les divergences des architectes vis à vis de l'urbanité. en gros, on peut distinguer deux camps :

 

  • ceux qui voient la qualité architecturale dans des gestes forts, qui produisent de beaux objets. Ils préfèrent dégager leurs œuvres sur tout le pourtour, et ne se soucient guère de la transparence, qui permettrait à la relation regardeur - regardé de jouer dans les deux sens ; pour l'urbanité, ceci est capital en pied d'immeuble, et moins important en hauteur.
  • ceux qui acceptent de se plier aux directives d'urbanisme. ils ont compris que l'urbanisme est la composition du vide entre les deux façades de la rue, et qu'il relève d'autres spécialistes qu'eux-mêmes. Cette séparation des rôles est capitale si l'on fait le choix d'une ville conviviale, avec des rues et boulevards conçus pour l'agrément des passants et pour célébrer le plaisir d'être ensemble.

 

Il est très difficile, en lointaine couronne de l'agglomération parisienne, d'imposer des directives d'urbanité. Pour la plupart, les architectes préfèrent profiter de l'abondance d'espace pour étaler confortablement leur programme, ce qui allège beaucoup le travail de conception.

Seuls, des élus volontaristes, bien sensibilisés à la composition des espaces et bien secondés par des services d'urbanisme, pouvaient atteindre l'autorité suffisante. Alors qu'à Paris, non seulement les directives d'urbanisme sont strictes, mais la ville impose au promoteur le choix de l'architecte.

 

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ANALYSE PAYSAGE URBAIN :

" LES PYRAMIDES EVOLUTIVES"

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