REVUE 8
Danser jusqu'à en tomber

Louise Brooks n'est pas une icône de la beauté, Louise Brooks n'est pas une star au firmament d'Hollywood, Louise Brooks n'est pas une empreinte sur Hollywood Boulevard.

 

Ce visage hors du temps, hors de tout, ce regard à nul autre comparable ne nous dit pas : " Rêvez ! ", il ne dit pas "Regardez-moi" , il nous renvoie seulement cette sensation étrange d'être pris pour ce que l'on n'est pas. Louise Brooks voulait être libre, elle voulait danser, Hollywood l'a fait tourner, jusqu'à en tomber.

 

Et comme dans tous les contes tragiques, c'est seulement une éternité plus tard que les vrais regards sur elle se sont posés. Une fois le rêve passé, quand les feux de la rampe ne se sont plus acharnés à éclairer ce visage magique, les gens ont reconnu Louise Brooks, et on a dit " Regardez ! " mais trop de temps s'était écoulé…

 

en relisant les écrits de Louise Brooks, en revoyant les quelques films d'elle encore préservés, on est marqué, irrémédiablement marqué par cette lueur de désespoir.
Louise Brooks n'aura été que larmes et désespoir.

 

Louise Brooks dira en 1976 dans une lettre adressée à Guido Crepax (le dessinateur du personnage Valentina inspiré par Brooks.):

 

 

" Valentina a-t-elle une chance d'être Louise Brooks ? Dixie Dugan ne l'était pas. Adroite et intelligente, elle savait toujours se préserver en un monde qu'elle comprenait si bien… "

 

Combien d'actrices d'Hollywood ont eu autant de clairvoyance ?

 

" Ortega Y Gasset écrivait : " nous sommes tous égarés "; c'est seulement lorsque nous nous sommes avoués cela que nous avons une chance de pouvoir nous trouver et de vivre dans la vérité. Je savais que j'étais de la sorte égarée dès le temps où j'étais petite fille; ma mère ne pouvait comprendre la raison de mes sanglots solitaires. Si j'ai entrepris de faire du cinéma à New York, c'est parce qu'il s'agissait d'un moyen d'apprendre bien des choses. (…) Par la suite, en 1927, je fus envoyée à Hollywood pour jouer dans différents films. Personne ne pouvait comprendre pourquoi je haïssais à ce point ce lieu destructeur - véritable paradis pour tous. " Qu'est-ce qui se passe, Louise ? Tu as tout ce dont on peut rêver. Que veux-tu de plus ? " Pour moi, je vivais une sorte de cauchemar. J'étais perdue dans le couloir d'un grand hôtel, incapable de retrouver ma chambre. Des gens me frôlaient, mais j'avais l'impression qu'ils ne pouvaient ni me voir ni m'entendre. Aussi me suis-je enfuie d'Hollywood, et depuis ce temps, je ne cesse de m'échapper. A présent, à soixante-neuf ans, j'ai renoncé à me trouver. Ma vie ne fut rien. "

 

Elle conclura simplement :

 

" Souvenez-vous que lorsque le fils prodigue s'en revient, son père dit : " Il était perdu, il est retrouvé. " C'est le père qui retrouve le fils perdu. Comme quoi j'ai sans doute manqué d'être retrouvée. "

 

La plus belle femme de tous les temps n'est pas une icône de la beauté, mais la tristesse incarnée, habillée d'un profond désespoir.

 

Dogmaël DAMIEN, graphiste
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